Avant de mourir, il était débordant de vie

« Avant de mourir, il était plein de vie » est une phrase qui m’a toujours fait sourire. Elle n’est pas complètement une vérité de Lapalisse car après tout, on ne peut pas dire que certains mourants débordaient littéralement de vie avant de mourir mais soyons sérieux, avant de mourir, on est tous vivant. Ça va de soi.

De même qu’avant d’être malade, on était bien portant. Vraiment?

Ici c’est moins évident, non? Parce que la maladie n’arrive pas comme un accident. L’accident, par définition est soudain, inattendu, fortuit. On ne pouvait pas le prévoir.

La maladie même si elle semble te tomber dessus, comme la misère sur le dos des pauvres gens, est rarement soudaine. Elle s’est installée souvent, depuis des années. Elle était même prévisible, dans plusieurs cas.

J’ai eu une vie dissolue. Très dissolue. J’ai survécu à de nombreux traumatismes et accidents. Trop nombreux. Et si la maladie s’est manifestée à moi, il y a quelques jours, en réalité, je lui ai donné, pendant une bonne partie de ma vie, un terrain fertile pour s’établir.

En réalité, elle n’est pas arrivée soudainement, comme un accident.

En réalité, quand elle a cogné à ma porte, elle s’était amplement annoncée.

En réalité, je l’avais invitée.

Je l’ai invitée tant de fois, en tant d’occasions, en tant de possibilités, de circonstances, de situations, de potentialités. J’ai pris tant de chances, tant de risques. J’ai tenté le destin au quotidien.

Et pourtant, malgré tout cela, j’ai ressenti de la surprise quand elle s’est présentée.

– Qui es-tu? Que veux-tu?

– Je suis la maladie. Je viens parce que tu m’as appelée. J’ai tardé un peu parce que j’avais des clients plus faciles à faire avant. Je suis un peu paresseuse, j’avoue. Mais tenace, une fois que j’y suis.

– Non, non, non. Tu te trompes. C’est une erreur. Je ne pense pas t’avoir invitée ou si je l’ai fait, c’était par inconscience. Tu vois, j’ai toujours cru que je mourrais d’un accident. J’en ai eu plusieurs, mais j’ai survécu. Mais la maladie, non. Je ne t’ai rien demandé.

– Tu te croyais invincible? Immortelle?

– Non quand même, je ne suis pas complètement timbrée. Disons que je ne pensais pas à toi, sinon que comme un objet de curiosité. Un truc scientifique, quoi! Désolée, mais tu n’es pas exactement la bienvenue. Et je te répète que je ne crois pas t’avoir invitée.

– Que tu m’aies invitée ou non, tu sais bien que tu n’as pas le choix. Et dans ton cas, tu te leurres toi-même si tu penses que tu ne m’as pas appelée. Tu as fumé pendant des années, non?  Tu ne dormais que quelques heures par nuit. « Je dormirai quand je serai morte. » que tu disais et ça te faisait bien rire. Tu mangeais n’importe quoi, n’importe quand. Tu vivais un stress permanent. Tu sais,celui qu’on appelle le tueur silencieux. Il te salue, en passant. C’est mon principal mandataire en ce qui te concerne.

– Bon peu importe. Je ferai attention maintenant. Merci de ta visite mais tu devrais partir maintenant. Je ne te laisse pas entrer. Et puis, tu n’existes même pas.

– Ma petite Lola, quelle bonne existentialiste tu fais; tu discutes avec moi, tu me donnes une essence mais tu me nies mon existence. Et pouf je disparaitrais?

– Allez, ce n’est pas le tout cela. J’ai des choses à faire. Ciao. Je ne suis pas malade. Va voir ailleurs. Oui pouf, disparais.

– Soit, je pars pour l’instant. J’ai tapé à ta porte. Je me suis annoncée de nombreuses fois. Tu m’as invitée plus qu’à ton tour, même si tu nies l’avoir fait. Ne t’inquiète pas. Le déni m’alimente car ainsi, tu ne feras rien de concret pour essayer de lutter et au moins avoir une petite chance, si petite soit-elle de gagner. Ça me rend la tâche beaucoup plus facile.

– (…)

– Tu ne dis plus rien? À bientôt Lola. Et si tu penses provoquer l’accident, pour prendre ma place, je peux te donner son numéro. C’est un pote à moi, on se réunit souvent avec découragement et désespoir pour se donner un coup de main. On se partage le boulot.

Elle avait raison sur le dernier point. J’ai pensé à lui damer le pion de cette manière. Bien fait pour ta gueule, je mourrai autrement et vlan. Mais s’il y a une chose qui me caractérise, c’est que je n’aime pas qu’on me dicte ma conduite. Je suis rebelle fondamentalement.  Même si je fais quelque chose d’aussi anodin que de traverser la rue, du moment qu’on me dit : tu devrais le faire ou « moi, si j’étais toi » … ça risque de me faire changer d’avis, même si c’était ma décision initialement.

Alors j’ai décidé de me battre autrement. D’apprivoiser mon adversaire d’abord et d’essayer toutes les stratégies possibles, pour lui rendre la vie infernale à celle-là. Plus une partie de poker que d’échecs. Peut-être un mélange des deux, en alternance, finalement. Mais je suis bonne joueuse. Les paris sont maintenant ouverts.

– Attend. D’accord, entre. C’est vrai que je me souviens t’avoir envoyé quelques invitations. On va apprendre à se connaître, allez. Parle-moi de toi.

– Lola, tu sais pourquoi je suis ici, non? Tu me sembles bien cordiale, tout à coup.

– Tant qu’à cohabiter, maintenant que tu es là, et même si ce n’était pas mon gré, rendons cela aussi endurable que faire se peut. Un petit café? J’en fais du très bon et du très fort. Mais cela, tu le sais déjà, bien sûr.

Une parcelle d’éternité, au bord du Lac Bijou

En entendant Zacharie Richard,

Chanter le Lac Bijou, à la radio, ce soir,

Je me suis souvenue de nous à la Nouvelle-Orléans.

Tu te rappelles?

Non, bien sûr,

Les morts ne se souviennent pas.

Tu vois, je continue de te parler.

Dix ans après.

Mais non, tu ne vois pas.

Les morts ne voient plus.

Et pourtant,

Et pourtant, je ris avec toi,

Même si les morts ne rient plus.

J’éclate en sanglots,

Avec toi à mes côtés.

Je te montre les choses qui m’émeuvent et m’éblouissent.

Je te demande ton avis.

Qu’importe si je fais les questions

Et que j’invente des réponses.

Que tu me ferais. Que tu m’aurais faites.

Elles sont aussi vraies que nous le fûmes,

Et, pour moi, tu es encore là.

J’écris pour que tu me lises.

Même si les morts ne lisent plus.

Ne rient plus, ni ne pleurent.

Ne posent de questions, ni ne répondent.

Et pourtant,

Tu te souviens de notre escapade dans les bayous?

Notre bonheur était si complet;

Tu m’avais dit que si tu mourrais

À cet instant, ce serait sans regrets.

Qu’on ne pouvait pas, dans ce monde, être plus heureux

Que nous ne l’étions.

Nous avions puisé une parcelle d’éternité à la vie.

On s’était dit qu’après nous, plus rien n’existerait.

Ce souvenir m’a tenue, soutenue,

Même quand j’étais sur le point d’abandonner,

Il m’a forcée à continuer.

Et tant que je vivrai, je te porte avec moi.

En attendant que se réalise,

Cette prophétie que tu fis.

Quand je t’aurai rejoint dans le néant.

À ce moment, c’est vrai, plus rien, pour nous, n’existera.

J’ai écouté Zacharie, ce soir,

Je nous ai revus,

Je t’ai revu, au bord d’un lac en Louisiane,

Qui pourrait être le Lac Bijou.

Tu te souviens?

Car moi, je me rappelle.

Pour moi. Pour toi. Pour nous deux.

La visite du Kanashibari

Je ne peux pas bouger. Je suis paralysée. J’essaie. Mon corps ne répond pas. J’arrive à ouvrir ou entrouvrir les yeux. De ces deux minuscules fentes, je vois le démon dans le coin de la chambre. Une sensation d’oppression m’envahit. Ce poids sur ma poitrine, c’est sûrement cela qui m’empêche de bouger. Je dormais mais je ne dors plus. Je suis consciente.

J’ai envie de crier. Ma bouche ne répond pas. Je ne peux pas l’ouvrir. Je ne peux pas bouger. J’étouffe.

Je suffoque.  Je commence à halluciner. J’ai peur de mourir. J’ai peur tout simplement.

D’un mouvement extrêmement lent, que j’ai arraché à cette force qui me cloue au lit de ma chambre, j’arrive enfin à allumer la lumière.  Ma main, retenue par une force incroyable et extérieure à moi, a fait cet interminable trajet pendant que les démons semblaient se rire de moi et de ma détresse.

D’un seul coup, la tension s’est relâchée; j’ai pu bouger. Le sort est enfin brisé. Mais, déboussolée, je suis encore terrifiée.

Que m’est-il arrivé?

Ce n’est pas un mauvais rêve. J’étais parfaitement consciente. J’étais éveillée.

Je ne peux plus dormir. Ou plutôt, je ne veux plus. Je me lève. Je cherche une explication sur Internet. Je trouve facilement.

C’est la paralysie du sommeil.

« La paralysie du sommeil est un trouble du sommeil, ou plus précisément une parasomnie selon la Classification internationale des troubles du sommeil, qui se caractérise par le fait que le sujet, sur le point de s’endormir (paralysie hypnagogique) ou de s’éveiller (paralysie hypnopompique) mais tout à fait conscient, se trouve dans l’incapacité d’effectuer tout mouvement volontaire1. À cette sensation d’immobilisation sont couramment associées des hallucinations auditives, kinesthésiques ou visuelles ainsi que des impressions d’oppression, de suffocation, de présence maléfique et de mort imminente. Le sujet, dans l’impossibilité d’articuler les sons et de prévenir l’entourage, éprouve le plus souvent un sentiment d’anxiété et de frayeur.

Ce trouble du sommeil est dû à des intrusions du sommeil paradoxal et de l’absence de tonus musculaire qui l’accompagne lors des transitions entre veille et sommeil2. Relativement fréquente dans la population générale, la paralysie du sommeil apparaît généralement chez des personnes dépourvues de tout trouble clinique. Elle peut cependant être aussi l’un des symptômes de la narcolepsie.

La paralysie du sommeil est mentionnée dans les traités médicaux depuis l’Antiquité. Son caractère étrange et déconcertant a été à l’origine, au cours des âges et à travers les diverses cultures, de nombreuses superstitions et thèmes mythologiques ou fantastiques, dont plusieurs artistes, littérateurs, peintres, sculpteurs, se sont inspirés. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paralysie_du_sommeil

Rassurant? Un tout petit peu. Ça existe depuis toujours. 20 à 60% de la population selon les ethnies en est affecté à un moment ou à un autre.

Au Japon c’est le terme « kanashibari » (金縛り) qui désigne ce phénomène. Le mot se compose de deux particules : kana (金), qui signifie « métal », et shibari (縛り), qui signifie « lien ». On peut donc traduire le mot par l’expression littérale « maintenu par une étreinte de fer ». Ce qui décrit très bien la sensation.

Comme de nombreux phénomènes et concepts abstraits, Kanashibari a petit à petit pris de l’ampleur au Japon, à tel point que le mythe s’est progressivement personnifié. Au Pays du Soleil levant, et cela est largement dû aux croyances animistes qui persistent dans la religion shintō, on a tendance à considérer que derrière toute chose se cache un esprit – généralement, on appelle tous les événements que l’on ne peut expliquer rationnellement des yōkaiKanashibari ne fait pas exception à la règle et l’on attribue ainsi des causes mythologiques à la paralysie du sommeil : pour de nombreux Japonais, ce phénomène est dû à l’intrusion d’un démon dans le sommeil du dormeur.

https://www.nautiljon.com/culture/contes+-+mythologie-5/kanashibari,+le+fant%C3%B4me+de+la+paralysie+du+sommeil+au+japon-168.html

Bon, bon, bon. De mieux en mieux. Le retour du démon de mon épisode. Pour moi, là où le bât blesse le plus, quand on lit sur la CHOSE, c’est quand on pousse un peu les recherches, en termes de traitement et prévention.

La panique et la frayeur sont les deux réactions naturelles qui surviennent pendant une paralysie du sommeil. Les personnes touchées tentent alors de se réveiller pour sortir de cette situation oppressante. Or, « il ne faut pas lutter contre cette paralysie du sommeil en tentant à tout prix de se réveiller. Au contraire, il faut se laisser aller, ne pas paniquer pour réussir à se rendormir. La paralysie disparaît d’elle-même« , explique le Dr Royant-Parola.

http://www.doctissimo.fr/psychologie/sommeil-et-troubles-du-sommeil/maladies-du-sommeil/paralysie-du-sommeil

Bon alors là docteur, j’ai des petites nouvelles pour vous. Je ne crois pas que vous ayez vécu vous-même un épisode de paralysie du sommeil. Ou du moins, jamais aussi intense que celui dont je ressors. Quand quelqu’un ou quelque chose de terrifiant semble assis sur ta poitrine t’empêchant de bouger et te faisant suffoquer; quand tu entends des voix, que tu hallucines, quand ton corps ne répond plus, qu’il pense dormir mais que, toi, tu sais que tu ne dors pas, va donc te raisonner et te faire la suggestion mentale : « Rendors-toi. Ne lutte pas. Ce n’est qu’un simple épisode de paralysie du sommeil. Demain, ces petits démons que tu vois et entends ne seront plus là. De même que cette douleur pesante dans ta poitrine qui t’empêche de respirer. Sweet dreams! » On ne fait pas des films d’horreur à profusion sur ce thème pour rien. C’est on ne peut plus angoissant, comme expérience, doc. Encore plus, quand tu n’avais jamais entendu parler de ce type d’événement et de sa probabilité d’occurrence.

Si une personne sur deux vivra, un jour, au moins un épisode de ce phénomène, j’espère avoir survécu au mien (au singulier s’il-vous-plaît) et ne plus avoir à en subir d’autres. Check! On passe à autre chose sur ma liste des choses à faire, à vivre ou à endurer comme une calamité. Malheureusement, ce n’est pas garanti que c’était un épisode unique. Quant à vous, si vous ne connaissiez pas, quand ça vous arrivera ou si, toutefois, ça vous arrive (On parle quand même d’un nombre important de la population qui le vivra un jour ou l’autre. Mais à des degrés divers, je vous l’accorde…), surtout ne paniquez pas et rendormez-vous bien calmement. Yes sure….

Le singulier d’amis

Définition simple du dictionnaire du mot ami :

« Personne avec qui on est lié d’amitié, d’affection réciproque. »

Il y a les amis avec qui l’on sort et fait la fête ou bien un sport ou une activité;

Il y a les amis d’enfance ou de collège avec qui on garde le lien du temps et la nostalgie de l’âge et des jeunes bêtises;

Il y a les amis de bureau, actuels ou anciens;

Il y a les relations d’affaires, le réseau étendu des connaissances qu’on finit par appeler des amis.

On a aussi de nouveaux amis, qui deviendront éventuellement nos nouveaux meilleurs amis.

Paradoxalement les meilleurs amis sont souvent pluriels, tous comme les bons amis ou les grands amis.

Transposition étasunienne de best friends et very best friend, plusieurs se retrouvent avec des tas de bons, grands ou meilleurs amis.

Il y a encore les amis glamour dont on aime bien mentionner le nom dans une conversation de cocktail, conversation aussi légère et stérile souvent que cette même amitié,

Mais ça se dit si bien : Mon bon ami x me disait justement hier…

Et enfin, il y a les amis Facebook, les amis « une fois oui, une fois non », interchangeables dans plusieurs cas, qui viennent alimenter le nombre de l’amitié, et de ce fait en dénaturent la définition.

Et puis il y a l’ami au singulier

Celui qui est là quand on a réellement besoin de lui,

A n’importe quelle heure. Aussi fatigué qu’il soit. Occupé ou non.

Celui qui t’a vu chialer ta vie pour une aventure amoureuse qui a mal tourné,

Encore une fois…

Et qui t’a aidé à te relever de tes déboires de tous ordres,

Encore une fois.

Celui qui t’aime pour ce que tu es, pas pour ce que tu lui apportes;

Qui a pleuré ton infortune avec toi et applaudi tes succès;

Qui n’est pas envieux de ce que tu as ou de ce que tu es, bien au contraire,

Et qui ne te juge pas mais te soutient et te force à avancer;

Qui le fait pour toi, sans attendre un merci, un retour d’ascenseur ou une quelconque réciprocité;

Qui t’écoute pendant des heures, raconter ce que tu ne peux dire qu’à lui;

Qui connaît tous tes travers et en rit avec toi;

Avec qui tu peux vraiment être et laisser le paraître pour les amis pluriels.

C’est cet ami singulier que, malheureusement, tu délaisses parce qu’il comprendra;

Cet ami particulier qui a toujours été là, semble-t-il, dans ta vie,

Au hasard de tes moments, au hasard de tes besoins, cet ami qui est et sera toujours là.

Semble-t-il.

Le véritable ami qui t’a laissé céder sa place, à la dernière minute,

Pour que tu rencontres de nouveaux « amis ».

Celui-là même qui t’a laissé… l’oublier, pendant un certain temps, parfois longtemps,

Pour que tu lui reviennes. Quand tu as besoin de réconfort. Quand il n’y a plus que lui.

Celui qui t’a laissé croire, pour te protéger, que tu ne l’avais pas blessé.

Celui qui t’a laissé faire une fois, deux fois, cent fois ou plus.

Et qui pourrait devenir, malgré ce qui lui en coûte, celui qui t’a laissé.

Singulièrement, celui qui t’a laissé. Tout court.

G

J’ai voulu revoir ton visage, ce soir;

Tu me manquais.

Les années ont passé.

Il m’arrive de penser à toi;

Mais moins souvent qu’avant.

Je continue d’avancer;

Il a bien fallu.

J’ai survécu.

J’ai si peu de photos de toi, de nous.

Nous étions mariés,

Chacun de notre côté.

J’étais ton grand amour;

Tu étais le mien.

J’ai failli me tuer;

Toi, tu as réussi.

J’ai voulu revoir ton visage, ce soir.

Je t’ai cherché sur le net.

J’ai trouvé ton nom,

Dans quelques articles;

Mais aucune photo.

Quelques hommages seulement,

Au grand homme que tu fus.

Nous étions un, nous étions quelqu’un.

Je m’en souviens parfois.

Moins souvent qu’avant, toutefois.

Les années ont passé:

J’oublie celle que je fus,

J’oublie celle que je suis;

Je ne pense plus que rarement,

À tout ce que nous fûmes.

Me pardonneras-tu?

Tu disparais doucement.

Pour le monde, tu ne deviens qu’un nom,

Qui a existé.

Puis qui a cessé d’être.

Où sont les photos de toi,

Qui me rappelleraient encore une fois ton visage?

Il n’y en a plus;

Tu n’es plus qu’un nom.

Tu disparais doucement;

Mais pas complètement de mes pensées.

D’où tu es, m’as-tu pardonné?

Tu es parti,

Alors que la souffrance d’être séparés

Était trop forte.

Je t’ai survécu.

Est-ce que je me pardonnerai,

De ne pas t’avoir suivi?

De ne plus penser, chaque jour, à toi?

En fait, de moins en moins souvent.

J’ai voulu voir ton visage,

Ce soir,

Je ne l’ai pas trouvé.

Le monde nous efface;

Et mon souvenir de toi s’estompe.

Je ne lutte plus;

Je te laisse aller.

Je dois me pardonner;

Je dois nous pardonner,

Enfin.

Le spleen de l’âge

Ce soir, j’ai trouvé une photo de ma mère. Dans ses dernières années de vie, mais avant qu’elle n’ait son ACV qui l’avait rendue différente. Sur cette photo, elle est déjà vieille mais son sourire est vrai. Ça m’a fait pleurer. De gros sanglots.

J’ai retrouvé des photos de moi aussi. J’y étais jeune. Ça se voit sur ces portraits que je croyais que ça durerait toujours. Je ne posais pas. Je n’avais qu’à être. C’était si facile d’être belle quand j’avais encore le temps.

Peu après, je me suis enregistrée chantant une chanson plutôt triste que j’aime bien. Je tentais de sourire en prenant la vidéo pour effacer les vestiges de mes larmes et mes traits tirés qui accusent mon âge quand je n’y prête pas attention. Ça n’allait pas avec les paroles de la chanson. Alors, je l’ai effacée.

Mon visage n’est plus le même que sur les photos que je regarde. C’est moi mais ce n’est pas moi. Je réalise à quel point j’ai vieilli. On dirait que c’est arrivé cette nuit.

Je sais que j’aurai encore, de bons moments.  D’autres jours, où je me dirai : « Ce n’est pas si mal. Ça va encore. Tu ne fais pas ton 50 ans.  Ton 60. »  Et peut-être que je n’en aurai plus rien à cirer à 75 ou 90, si je m’y rends.

Comme pour une mauvaise coupe de cheveux qu’on tente d’arranger un peu, pour ensuite s’y faire totalement, on finit par accepter les outrages du temps. On s’habitue à tout, même à vieillir.

J’ai regretté immédiatement d’avoir effacé cette vidéo. Peut-être que je l’aurais retrouvée dans vingt ans en me disant comme quand j’ai visité ces souvenirs du passé : « ce que je pouvais être jeune et jolie ». Tout est relatif, il n’y pas d’absolu. Et comme ce soir peut-être, j’aurais chanté un refrain triste avec un sourire pour remonter mes traits. À moins que ce ne soit l’inverse et qu’il se serait agi d’une chanson gaie qui n’irait pas avec ma voix et mes yeux usés.

Dans le fond, peu importe. Comme disait ma mère : « N’y pense pas. Tu auras le temps d’y penser demain. »

Et elle avait raison. Non? J’aimerais beaucoup que ce soit le cas.

Pourquoi tu n’es pas née

J’ai allumé un lampion.

Machinalement.

Parce que c’est ce qu’on doit faire,

Dans une église ou une chapelle, non?

Même si on ne croit pas en Dieu.

Ou bien qu’on a cessé d’y croire,

Le rituel est bien ancré dans la mémoire ;

Un geste simple, réparateur

Ou se voulant l’être pour celui qui le fait.

J’ai allumé un lampion

En pensant à ma mère,

Morte beaucoup trop tôt,

Depuis trop longtemps,

À ce que je lui reprochais,

Du temps de son vivant,

Du temps où, pour moi,

Avant d’être quelqu’un,

Elle était ma mère,

Sans que j’aie jamais cherché à la comprendre,

Sans avoir même eu le temps d’essayer.

Ce pourquoi je la blâmais,

C’est moi qui le vis maintenant.

Elle m’a, sans le savoir,

Transmis son karma

Et ce n’est pas un bon.

J’ai allumé un lampion

Et les larmes sont venues,

Silencieuses d’abord,

Si discrètes que je ne les ai,

Pas entendues, ni même senties,

Avant qu’elles n’inondent mes joues

Et que les sanglots lourds de toute ma souffrance

Et la sienne,

Me parviennent enfin aux oreilles et à l’âme.

J’ai allumé un lampion,

Puis, ne pouvant supporter le naufrage

D’une autre génération par-dessus la mienne et la sienne,

Et peut-être par-dessus celle de sa mère avant elle,

Je suis sortie en courant.

Et j’ai fait en sorte,

Que la petite fille en devenir

Qui dormait dans mon ventre

N’ait jamais à allumer, à son tour,

Un lampion.

Comptez jusqu’à 13 s’il-vous-plaît

Alors que je prenais l’ascenseur avec deux personnes qui habitent le même immeuble que moi et une autre femme que je ne reconnus pas, j’indiquai à cette dernière d’appuyer pour moi sur le bouton de mon étage, puisque nous étions un peu à l’étroit.

Elle me fit répéter en me regardant d’un œil étonné.

  • Le 13, s’il-vous-plaît.

Il y a un treizième étage ici? me dit-elle d’un ton de surprise non feinte.

Oui, dis-je en riant et dans tous les immeubles de plus de douze étages. Même quand on passe directement du 12e au 14e, ce quatorzième étage est en fait le treizième, non?

Après qu’elle fut descendue, une dame âgée qui était encore dans l’ascenseur, croyant que j’allais visiter quelqu’un à cet étage, me dit :

  • Moi, jamais je n’habiterais au treizième étage.
  • Vraiment? Moi j’aime bien y vivre. Ça m’a porté chance depuis 3 ans.

Et je descendis.

En fait, ni chance ni malchance ne m’a apporté le fait de vivre au 13e étage de cet immeuble. C’était une remarque un peu gratuite de ma part. Je suis indifférente à ce chiffre. Et si les ascenseurs de mon immeuble, contrairement à la plupart des ascenseurs nord-américains, comporte un treizième étage, c’est que l’édifice où j’habite a été construit pour les athlètes olympiques des jeux de 1976 à Montréal qui, bien entendu, venaient de partout dans le monde. Les concepteurs ont dû penser les pyramides olympiques dans une vision exempte d’une symbolique des nombres qui soit typiquement occidentale.

Car en effet, la peur du nombre 13, la triskaïdékaphobie et celle du vendredi 13, la paraskevidékatriaphobie tiennent une place importante dans une grande partie du monde occidental mais surtout aux États-Unis et par ricochet, au Canada.

Aux États-Unis, certaines compagnies d’aviation n’ont pas de rangée numéro 13 et dans plusieurs ascenseurs, le treizième étage est renommé 12A ou M (la 13ème lettre de l’alphabet), quand il n’est pas tout simplement remplacé par le 14ème étage. Dans une étude publiée en 1987 dans le Smithsonian Magazine, le psychosociologue Paul Hoffman estimait ainsi que la phobie du nombre 13, coûte à l’Amérique un millions de dollars par an, en absentéisme, annulations de billets de train et d’avion, et en un commerce amputé le 13ème jour de chaque mois.

Quelques hypothèses sur l’origine de la triskaïdékaphobie

Chez les Grecs et les Romains, le 12 était considéré comme le nombre parfait: 12 dieux olympiens, 12 constellations dans le ciel et 12 signes du zodiaque. Logiquement le chiffre qui vient ensuite fut considéré comme brisant cette perfection, cet équilibre. Le 13 serait donc à l’origine du désordre.

La treizième carte du tarot de Marseille, la carte sans nom représente la Mort.

Par contre, le chiffre 13 n’a pas la même réputation néfaste partout dans le monde.

Dans l’ancien Mexique, chez les Mayas, les mois lunaires étaient divisés en 13 jours de lune noire, 13 jours de pleine lune et 13 jours de nouvelle-lune dans d’autres mondes. On imaginait 13 paradis, et comme corollaire, 13 divinités.

Le 13 est également un nombre sacré et de bon augure dans la tradition hébraïque. La Cabale le considère comme un nombre de chance, puisque sa valeur numérique, en hébreu, produit le mot Ahad, « Un », la plus importante qualité de Dieu. […] Un oracle dans le Talmud affirme « qu’il sera un temps où le territoire d’Israël sera divisé en treize parties, la treizième d’entre elles revenant au roi Messie ».[1]

C’est le 13 du mois, du 13 mai au 13 octobre 1917, que la vierge Marie serait apparue à trois bergers dans les landes du village de Fatima (Portugal), ce qui montre que le chiffre 13 est ambivalent, comme beaucoup de symboles. Le pape Jean-Paul II, grièvement blessé par balle sur la place Saint-Pierre à Rome le 13 mai 1981, attribua sa survie à l’intervention de Marie lors de sa fête liturgique de Notre-Dame de Fatima[2].

La phobie du numéro 13 pourrait provenir de l’Antiquité. Au IVe siècle av. J.-C., Philippe II de Macédoine, eut l’idée d’ajouter sa statue à celle des 12 Dieux et il fut assassiné peu de temps après. Cependant, il arrivait encore de qualifier un roi ou un empereur de treizième dieu (tel Alexandre le Grand), et donc de considérer ce chiffre comme de bon augure après cette événement historique.

Le caractère de mauvais augure associé à ce chiffre provient de superstitions ultérieures (notamment la superstition des pays chrétiens).

Durant l’Antiquité, les Perses croyaient que les douze constellations du Zodiaque influençaient les mois de l’année, et que chacune régnait sur la terre pour un millier d’années. À la fin de ce cycle, le ciel et la terre sombraient dans le chaos. Cette croyance en la malchance associée au nombre treize est rappelée lors de la fête traditionnelle de Sizdah bedar qui voit les Iraniens quitter leur maison pour éloigner le mauvais sort, les familles passant leur journée généralement dans la nature, profitant d’un pique-nique et d’une fête.

Mem, la treizième lettre de l’alphabet hébreu, est la première lettre du mot met (מת), qui signifie mort. Le même parallèle peut être fait avec le « M » de la langue française et le mot « Mort ».

Il en va de même du tarot, où la treizième carte représente la Mort par un squelette en train de faucher. Mais dans la symbolique du tarot de Marseille, le treizième arcane peut aussi signifier chasser les anciens schémas pour repartir sur de nouvelles bases, ce qui peut être interprété comme une renaissance.

La triskaïdékaphobiea peut-être également affecté les Vikings, le dieu Loki étant le treizième dieu de leur mythologie. Ce fut repris plus tard par les chrétiens, désignant Satan comme le treizième ange.

La paraskevidékatriaphobie

Par extension à la peur du chiffre 13, la triskaïdékaphobie, la paraskevidékatriaphobie est la phobie du vendredi 13.

Une explication veut que le vendredi 13 octobre 1307, le roi Philippe le Bel fit arrêter et torturer les templiers pour ensuite les condamner au bûcher. La saga de Maurice Druon, Les Rois maudits, contribua à populariser cet événement. Il met notamment en scène la légende selon laquelle Jacques de Molay, grand maître de l’ordre des Templiers, à l’issue d’un injuste procès, lance une malédiction :

« Pape Clément ! Roi Philippe! Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! » [3]

Dans les religions chrétiennes, le nombre 13, et plus particulièrement le vendredi treize, est un symbole néfaste, à la suite d’une interprétation de la dernière Cène où Jésus avait réuni les douze Apôtres autour de lui, dont l’apôtre Judas qui conduira Jésus à la mort par crucifixion, le lendemain…un vendredi. Ils étaient donc treize à table et le nombre 13 fut ainsi associé, probablement au Moyen Âge, aux malheurs et aux souffrances de Jésus.

Il existe, au minimum, un vendredi treize dans l’année, vu le fonctionnement du calendrier courant dit grégorien. Un et deux vendredi(s) treize dans l’année sont les fréquences d’occurrence les plus courantes et dans certains cas, trois vendredis 13 peuvent être dénombrés pour certaines années.[4]

Les mathématiques appliquées au calendrier indiquent que le 13 du mois tombe un tout petit peu plus fréquemment un vendredi que n’importe quel jour de la semaine. Sur 4 000 ans, il y a 6 880 vendredis 13 contre 6 840 jeudis 13 (ou 6 850 lundis ou mardis 13). Il est vrai que notre calendrier « grégorien », a été construit en 1582 par le pape Grégoire XIII.

Chanceux ou malchanceux, le chiffre 13 en général et le vendredi 13 en particulier, n’ont pas fini de faire couler beaucoup d’encre. Je reste sur ma faim sur l’origine de cette superstition. Je pense que le 13 subit le fait qu’il suit le 12 symbolisant le chiffre parfait dans plusieurs cultures et civilisations. Il est malchanceux de son état, tout simplement.

Quant au fait qu’on enlève le 13e dans les gratte-ciels, il y a une raison toute simple à ne pas négliger. La superstition aide aux affaires.

Des étages qui n’existent pas,  des appartements qui passent du 12 au 14, des noms alternatifs désignant un treizième élément;  au fil des années, plusieurs alternatives ont dû être adoptées, dans le bâtiment et les commerces pour s’adapter à cette superstition. Avec pour avantage qu’un bâtiment qui n’a pas son 13ème étage gagne un étage supplémentaire sur le total; ce qui peut faire la différence entre un immeuble et un gratte-ciel dont le prestige et les prix sont en conséquence.

Et dire que j’ai été inspirée par une simple remarque d’une dame dans l’ascenseur, à propos de l’étage où je vis actuellement. De toute façon, je déménage bientôt dans un autre appartement du même immeuble. Mais j’y pense, je vivrai au 6e maintenant.  666, ce n’est pas le Nombre de la Bête dans l’Apocalypse?

Eh bien voilà! Du 13 au Nombre de la Bête, je suis vernie. C’est la quadrature du cercle.



[1] Annemarie Schimmel, The Mystery of Numbers 
2] Wikipédia 
[3]Les rois maudits, Maurice Druon
[4]Wikipédia

Alphabétiquement navrant

J’ai écrit ce texte, le 1er janvier 2018. Je l’ai revisité aujourd’hui, pour qu’il n’ait pas l’air de ce qu’il n’est pas ou plus: un délire de spleen. Malgré ces quelques modifications à l’original, je ne sais pas s’il sera lu pour ce qu’il est, soit strictement un amusement, un exercice de style et, par extension, puisque je ne peux nier mon passé scientifique, un clin d’œil mathématique. Que ceux qui me connaissent en dehors de mon écriture se rassurent, je garde ma propension au bonheur. Après tout, j’en détiens le secret.  Le Secret de mon Bonheur

 

APRÈS, pendant un demi-siècle, avoir :

Bâti un semblant de vie, culturellement et politiquement acceptable;

Couru après des rêves, des chimères, des idéologies que je fis miennes un temps indéfini;

Dépendu de l’argent, de celui-là ou de celle-ci, du bien et du bon, du mauvais et du pire;

Écouté mes parents, mes amis, mes collègues, beaucoup d’autres aussi;

Fomenté mille projets sans les mener à terme;

Gaspillé mon temps, mes ressources, votre patience et la mienne également;

Hâté ma propre déchéance, mon déclin, et havi mes désillusions;

Idéalisé plusieurs personnes, impressionné quelques autres;

Joué avec ma santé, avec vos nerfs et avec ma vie;

Kiffé plusieurs hommes, du moins le crus-je;

Libertiné beaucoup, moins par la suite et souvent par ennui;

Maugréé sur les politiciens, la température ou n’importe quoi;

Noué des amitiés, pour beaucoup sans fondement et sans lendemain;

Outré un tas de bien-pensants et de moins bien aussi;

Parlé, parlé, beaucoup parlé, toujours parlé;

Quitté des gens et des situations avant que ce ne soit l’inverse;

Repensé, regretté, refait, redit, rationalisé et c’est reparti;

Sauté d’un engouement, d’un intérêt, d’un espoir à l’autre;

Traîné, tergiversé et puis trouvé, mais quoi au juste;

Usé, utilisé puis ulcéré les mêmes bien-pensants que tout à l’heure, et d’autres également;

Voué un véritable culte à plus abruti que moi, à moins con mais plus méchant, ou vice-versa mais c’est du pareil au même;

Warranté le peu de possessions qui me restait;

Xylographié, pas littéralement, mais avec un peu d’imagination vous verrez que ça se tient;

Yoyotté de la cafetière, ou de la touffe, à ça je suis excellente;

Zut! J’en conclus que ma vie est intégralement nulle dans sa dérivée.

L’infini des possibilités multiplié par zéro donnera toujours ZÉRO.

L’infini multiplié par zéro : pourquoi la réponse à ce problème mathématique n’est pas si simple

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